COTONOU (Reuters) - Nicolas Sarkozy a défendu au Bénin sa nouvelle politique d'"immigration choisie", estimant que cette inflexion, qui passe par un durcissement de la politique d'accueil des étrangers en France, profitera à la fois aux pays africains et à leur ancienne métropole coloniale.
Aux cris de "Raciste, dehors", plusieurs centaines de Béninois se sont rassemblés à Cotonou pour manifester contre le ministre français de l'Intérieur et son projet de loi sur l'immigration, qu'ils jugent injuste. Nicolas Sarkozy était reçu au même moment par le président béninois Yayi Boni, des membres du gouvernement et, ensuite, par des responsables politiques.
"Au Bénin, je constate que l'Afrique aime la France. Il nous faut construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d'autre de la Méditerranée", a dit l'hôte du Bénin dans une intervention.
"Il nous faut nous débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent. A nous aussi de débarrasser la relation Afrique-France de ses fantasmes, de ses mythes qui la polluent. La France n'a pas les intentions et l'influence qu'on lui prête", a-t-il fait valoir.
Auparavant, des policiers anti-émeutes et des soldats avaient été déployés autour du ministère de l'Intérieur où Nicolas Sarkozy était reçu par son homologue béninois, tandis que quelque 300 personnes, dont un grand nombre d'étudiants, manifestaient aux cris de: "Sarkozy, on ne veut pas de toi au Bénin"; "Raciste, hors de chez nous"; "Sarkozy égale zéro".
"PLUS ETRE TABOU"
Le ministre de l'Intérieur avait reçu un accueil similaire la veille au Mali, première étape de son voyage en Afrique de l'Ouest, où il a défendu son projet de loi sur "l'immigration choisie", adopté mercredi en première lecture par les députés français.
Le texte, qui vise à accorder des visas en fonction des besoins du marché du travail français, a été dénoncé dans les anciennes colonies françaises comme raciste, discriminatoire et de nature à piller l'Afrique de ses éléments les plus qualifiés.
Sur le sujet brûlant de l'immigration, le ministre d'Etat français a déclaré: " Le sujet ne doit plus être tabou. L'immigration peut être un atout pour la France comme pour les Africains. Mais elle sera une chance si elle est choisie et non subie.
"L'immigration doit être pour la France une ouverture sur la diversité , le dialogue des cultures, la tolérance. Or, le résultat de plusieurs décennies d'immigration subie est exactement l'inverse. Dans mon esprit, immigration choisie ne signifie en aucun cas la mise en place d'un filtre destiné à faire venir les diplômés et à rejeter les autres.
"Quand je parle d'immigration choisie, c'est une immigration choisie aussi bien par le pays d'origine que par le pays de destination. C'est une immigration régulée, organisée, négociée entre les pays d'origine et le pays de destination.
"L'émigration est une richesse pour l'Afrique", a-t-il conclu sur le sujet.
"UNE RESPONSABILITE PARTAGEE"
A l'issue de sa rencontre avec le chef de l'Etat béninois, Nicolas Sarkozy a déclaré: "Nous sommes parvenus à un large consensus sur la nécessité pour l'Afrique en général et le Bénin en particulier de conduire une grande politique de développement, et sur la nécessite de la complémentarité entre l'Afrique et l'Europe.
"Le président Yayi Boni m'a dit que la meilleure façon de maîtriser à long terme les flux migratoires, c'est de donner à l'Afrique la chance du développement. Il m'a dit que l'Afrique était en partie responsable de sa situation et que la relation entre la France et l'Afrique sur la base d'une responsabilité partagée était quelque chose de très juste."
Avec un taux de chômage dépassant 50% dans certaines parties de l'Afrique de l'Ouest, la jeunesse de ces pays ne comprend pas que l'ancienne puissance coloniale lui refuse des visas après avoir dans le passé tiré profit du travail des immigrés.
"La France ne doit pas nous fermer la porte. Nous disons que la loi sur l'immigration est de l'esclavage sous une forme nouvelle et on ne veut pas de Sarkozy", a ainsi affirmé Bonaventure Bleme, un étudiant en économie participant à la manifestation de Cotonou.
Evoquant la présence de bases militaires en Afrique, l'hôte du Bénin a déclaré:
"On peut reprocher à la France son interventionnisme , mais je constate que rares sont les candidats pour venir en aide à des Etats d'Afrique en proie à une crise politico-militaire.
"Sans doute devons-nous réfléchir davantage aux moyens d'anticiper ces crises, aux moyens de les prévenir avec l'Union africaine. Cela passe par le renforcement des capacités de maintien de la paix et c'est en cela que la présence militaire française en Afrique doit trouver toute son utilité".